Les deux commandements

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Homélie prononcée le 25 octobre 2020

Hier, alors que je marchais en montagne sur une pente raide pleine de cailloux, tout à coup surgit une fillette de 10 ans qui descendait en courant le plus vite possible. Elle portait sur son dos un petit garçon visiblement pas en bon état. Je l’interpelle en lui disant : « Tu portes un lourd fardeau et tu cours ! » Elle me regarda droit dans les yeux et me répondit : « Mais ce n’est pas un fardeau, c’est mon frère et il est blessé ! » Et sans attendre, elle reprit sa course.

De même aussi, la semaine dernière, beaucoup de Français ont crié dans les rues : « Samuel, c’est mon frère », mais malheureusement un peu trop tard. « Tous frères », le pape François vient de lancer aussi son appel dans une grande encyclique Fratelli tutti : il y a urgence à devenir davantage frères, à fabriquer de la fraternité, à travailler à tout ce qui nous est commun, au bien commun.

A ceux qui pensent que la foi chrétienne est compliquée (avec ses dogmes, ses prescriptions, ses sacrements...), l’Évangile d’aujourd’hui apporte un sacré démenti. Jésus lui-même nous le dit, l’essentiel de la foi tient sur un timbre-poste : « Aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même ». Voilà sa réponse au Pharisien, qui voulait le piéger en lui demandant quel est le plus grand commandement. Jésus n’abolit pas la Loi, mais il en montre la lumière intérieure : l’amour. Volatilisée, la question du Pharisien ! Jésus nous emmène au zénith : il n’y a qu’une seule chose qui compte : aimer.

Mais l’amour, ça se commande ? Eh oui, parce que dans la vie c’est le plus important mais aussi le plus négligé, le plus maltraité. Et aussi parce que l’amour nous est d’abord donné et nous n’en prenons même pas conscience : sommes-nous vraiment reconnaissants pour ceux qui nous ont donné la vie et donc aimés ? Et avons-nous conscience que, quoique nous entreprenions, Dieu ne cesse de nous prodiguer son amour ?

Mais alors, retourner notre amour vers Dieu devrait suffire ! Comme ce serait reposant de n’avoir à aimer que Dieu, d’autant que lui ne se plaint jamais. Comme nous serions bien, seul à seul avec lui, à contempler sa gloire, à nous émerveiller de son amour !

Mais voilà que Dieu est partout, à tout moment, même quand on ne l’attend pas, dans le visage de notre prochain, si peu aimable certains jours ! Car Jésus met sur le même plan l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Ils sont semblables, à égalité, au même niveau : ils se tiennent, ils s’épaulent, ils s’équilibrent, ils communiquent. Le deuxième commandement n’est pas celui qui vient juste après, mais c’est l’autre aspect du premier commandement : l’amour du prochain est l’autre versant de l’amour de Dieu, la preuve que l’on aime Dieu. « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas », dit saint Jean. Déjà dans le livre de l’Exode, le message était clair : Dieu compatissant écoute le cri des démunis. Si donc nous nous maintenons à l’écart des démunis, nous nous écartons de Dieu.

Ces deux commandements tiennent tout le reste, comme nos deux mains, nos deux pieds, nos deux poumons : ils nous permettent d’avancer sur une terre de bénédiction. Quelle libération, mais aussi quel programme ! C’est en résumé toute la vie du Christ parmi nous. Il faut remonter à la source et vivre à la manière du Christ : comme lui, trouver le désir et la force d’aimer et Dieu son Père et le prochain. Vous avez bien entendu : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu. Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Ce matin, le Christ s’adresse à chacun de nous. C’est au singulier, nous rendant responsable de notre expérience unique. C’est un commandement, pas un sentiment, mais une décision qui nous engage. C’est positif, ce n’est pas un interdit mais une porte à ouvrir. C’est au futur, comme un programme à réaliser. A chacun de nous de découvrir et d’inventer comment il peut se faire proche de son frère, comment il aime Dieu en aimant son frère, comment il doit aussi s’aimer lui-même s’il veut pouvoir aimer l’autre. Voilà la force intérieure qu’ont expérimentée les Thessaloniciens dont nous parlait saint Paul : « Vous êtes devenus un modèle de foi pour vos frères ».

Il est vrai que beaucoup de nos contemporains ont du mal à parler de Dieu, à le reconnaître, et même le mot croire ne leur dit pas grand-chose. Pourtant ils ne mettent pas toujours longtemps à trouver leur prochain. Il en va heureusement de même pour nous.

Pensons aux personnes qui se démènent pour un migrant, un réfugié ; aux personnes qui accompagnent des parents en fin de vie avec patience et ténacité ; à tous les soignants débordés par les malades du Covid ; mais aussi aux jeunes parents joyeusement bousculés la nuit par un nouveau-né... Mon prochain est celui ou celle dont je me fais proche. Et ça peut conduire très loin, parce que l’histoire est pleine d’affrontements, de violence, où l’autre est souvent perçu comme un adversaire ou un obstacle sur le chemin que je veux prendre. Rappelons-nous la fillette devant rebrousser son chemin en montagne pour ramener son frère blessé.

C’est pourquoi j’aime bien la réflexion de la philosophe Simone Veil : « Quand je veux savoir si quelqu’un est chrétien, je n’écoute pas d’abord comment il me parle de Dieu, mais comment il me parle de l’homme ». Alors, gardons bien ces deux commandements si unis : par eux, Jésus veut nous faire naître à la vie, à sa vie.

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